Le harcèlement au travail : extrait du livre « L’épanouissement de l’être humain au travail…, éd. Bruylant 2007.

Jusqu’à une période récente, l’agressivité psychologique n’était pas reconnue socialement comme une violence et ne pouvait pas être comparée à la violence physique. L’identification du harcèlement moral a entraîné une certaine prise de conscience de la portée de la violence mentale.

I. La terminologie

Il est admis que l’expression ‘harcèlement moral’ est la traduction française du terme anglais ‘mobbing’ qui vient du verbe anglais ‘to mob’ qui signifie attaquer, malmener, houspiller 1. A l’origine, le mot mobbing était utilisé en ethnologie pour désigner les comportements d’attaque collective à l’encontre d’un animal seul 2. Dans les années 1980, un psychosociologue suédois Heinz Leymann émet l’hypothèse selon laquelle certains conflits sur le lieu de travail possèdent des similitudes avec les comportements des animaux et en particulier l’attaque à l’encontre d’un animal seul 3. Il constate que les personnes présentées comme ‘difficiles’ sont en fait des victimes d’un processus destructeur et non pas la cause des tensions qui règnent sur le lieu de travail 4. Pour designer des manifestations d’hostilité psychologique dans le cadre de la vie professionnelle, il emploie le terme ‘mobbing’. Sa recherche auprès de centaines de patients aboutit à une loi en 1994 qui prend en compte les blessures à caractères psychologiques 5.  Toutefois, il existe différentes terminologies selon les pays. Le terme ‘mobbing’ utilisé en Suède correspond plus à des persécutions collectives ou la violence liée à l’organisation, y compris les dérapages qui vont jusqu’à la violence physique 6; le terme anglais ‘buillying’ est plus large que le terme ‘mobbing7. Il va des moqueries et de la mise à l’écart, jusqu’à des conduites d’abus à connotations sexuelles ou d’agressions physiques. Il s’agit plus de brimades individuelles que de violence organisationnelle 8 ; Le terme ‘l’ijime’ est utilisé au Japon dans le domaine de l’éducation depuis des temps très anciens. Il a été employé dès 1972 dans l’industrie japonaise. Le phénomène de ‘l’ijime’ consiste à intégrer les individus dans un groupe et à les rendre conformes. Un dicton japonais le résume clairement : ‘Le clou qui dépasse rencontrera le marteau9. ‘Le harcèlement moral’ concerne des agressions plus subtiles et donc plus difficiles à repérer quelle que soit sa provenance 10. En France, la violence physique et la discrimination sont en principe exclues puisqu’il s’agit de violences déjà prises en compte par d’autres lois 11.  Plusieurs scientifiques ont tenté de définir ce phénomène. Nous retiendrons la définition de Marie-France Hirigoyen car elle tient compte de la notion de personnalité, essentielle pour l’épanouissement de l’être humain au travail et reste proche des définitions consacrées par le droit 12.

II. La définition

Marie-France Hirigoyen définit le harcèlement moral comme‘toute conduite abusive se manifestant notamment par des comportements, des paroles, des actes, des gestes, des écrits, pouvant porter atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l’intégrité physique ou psychique d’une personne, mettre en péril l’emploi de celle-ci ou dégrader le climat de travail13. Elle complète sa définition en distinguant le harcèlement moral du stress et du conflit.

2-1. Le harcèlement moral et le stress

Cet auteur distingue le harcèlement moral du stress professionnel. Le harcèlement moral est beaucoup plus que du stress, même s’il passe par une phase du stress : ‘Cette première phase apparaît lorsque l’isolement est modéré et que l’agression ne porte que sur les conditions de travail (…). Le stress professionnel, fait de pressions, d’envahissements par des tâches multiples et répétitives, peut user une personne et même la conduire jusqu’à la dépression d’épuisement (…) 14. La phase de harcèlement moral proprement dite apparaît lorsque la personne ciblée perçoit la malveillance dont elle est l’objet, c’est- à -dire lorsque le refus de la communication est manifeste et humiliant, lorsque les critiques sur le travail deviennent méchantes et que les attitudes et les paroles deviennent injurieuses. Les conséquences sur le psychisme sont beaucoup plus graves dès qu’on prend conscience qu’il y a ‘intention de nuire’  15. Dans le premier cas, on peut parler selon la distinction de Marie-France Hirigoyen de harcèlement professionnel marqué par le manque de respect de la personne. Dans le second cas, il est question de harcèlement moral s’appuyant sur une humiliation de la personneNous pensons que cette distinction pourrait être reprise par les futures législations sur le stress et les brimades au travail. En effet, si l’intention de nuire est particulièrement difficile à prouver en droit, point n’est nécessaire de recourir à cette notion. La distinction pourrait reposer le fait que dans le cas de harcèlement moral, les pressions psychologiques visent une personne en particulier et qu’elles relèvent d’une certaine méchanceté. En revanche, dans le cas de harcèlement professionnel ou de stress les pressions psychologiques existent pour l’ensemble du personnel ou une catégorie de travailleurs. Elles sont le reflet de l’ensemble des conditions du travail et non de la volonté d’écarter une personne.

1 Harrap’s Shorter, dictionnaire, 1991, p.541.
2 Voir notamment : Le Goff j-p, La vie des organisations, un harcèlement moral ambigu, le Monde, 28 mars 2000 ; Hirigoyen m-f, Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, Syros, 1998 et du même auteur : Malaise dans le travail, harcèlement moral : démêler le vrai du faux, Syros, 2001.
3 Leymann H, Mobbing, La persécution au travail, Ed Seuil 1994.
4 Leymann H, précité, voir aussi Schuster B., Rejection, Exclusion and Harassment at Work and in Schools, European psychologist, vol. 1, n° 4, déc. 1996, p.293.
5 Loi modifiée en 1999.
6Hirigoyen m-f, op.cit, p. 61 à 70.
7 Idem
8 Ibidem
9 Yamanaka k, Le Japon au double visage, Ed. Denoël, Paris 1997, cité par Marie-France Hirigoyen, op.cit, p. 67.
10 Idem
11 Voir les articles L. 122-45 et L. 122-46 du code du travail français.